Littérature
Belles-lettres
« Il y a d’autres joies aussi, plus raffinées, plus profondes, plus humaines ; celle de la fidélité par exemple ; celle de l’expérience, celle des riches souvenirs ; celle de la nostalgie ; celle du goût de l’effort toujours renouvelé ; celle de l’unité et de la promesse d’une existence qu’il faut créer jusqu’au bout dans un désintéressement sans égal ; celle de l’idée du retour de la douleur de chaque jour près d’un être si cher, qui tient dans sa main des bonheurs infinis, celle d’un amour, enfin, confirmé, vécu et à vivre encore et toujours. J’aime, j’aime cet âge nouveau ; j’aime découvrir ses plaisirs enfouis, mouillés, délicats, sombres et rayonnants à la fois. J’aime tant vivre ! Peut-être est-ce ta présence qui remplit tout ;
… Je t’aime admirablement. Mon corps attend que le prince charmant le réveille par un long baiser, et pour le moment il n’a pas conscience qu’il existe. L’âme, elle, enfin revenue de sa longue léthargie, se tourne vers toi sans cesse ; je l’ai prévenue d’ailleurs qu’elle risque fort de rester ainsi pour l’éternité. Je t’embrasse à longueur de nuit et de journée et j’attends le moment de la rencontre, comme je l’aurais attendu il y a huit ans, il y a quatre ans.»
▬ Maria Casarès à Albert Camus, le 21 août 1952.